Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
egfrild

poésie, partout où elle se trouve...

Articles avec #poete catégorie

PAUL-MARIE LAPOINTE

Publié le 24 Septembre 2017 par egfrild dans Poète

PAUL-MARIE LAPOINTE

Hibernations

 

Je laisse en toi voler des oiseaux blancs

peu d’oiseaux sont blancs outre les colombes
sinon d’avoir vécu l’hiver
plantés comme des croix dans l’espace
un déploiement de sécheresse et de frissons
aussi étranges que la neige
a-t-elle autre souci que de se poser sur nous
les villages
les cages

entre les pierres les brindilles sculptées par le vent

nos morts ne s’envolent pas
sinon en nous-mêmes
comme les enfants que nous avons
et qui fraient leur chemin dans l’intérieur

oiseaux blancs aériens ossements

 

commentaires

Hector de Saint-Denys Garneau

Publié le 10 Avril 2017 par egfrild dans Poète

Hector de Saint-Denys Garneau

Poids et mesure

Il ne s’agit pas de tirer les choses par les cheveux
D’attacher par les cheveux une femme
à la queue d’un cheval
D’empiler des morts à la queue leu leu
Au fils de l’épée, au fils du temps,

On peut s’amuser à faire des noeuds
           avec des lignes parallèles
C’est un divertissement un peu métaphysique
L’absurde n’étant pas réduit à loger au nez de Cyrano
Mais en regardant cela la tête à l’envers
On aperçoit des évocations d’autres mondes
On aperçoit des cassures dans notre monde qui font des trous

Mais un trou dans notre monde c’est déjà quelque chose
Pourvu qu’on s’accroche dedans les pieds
           et qu’on y tombe
La tête et qu’on y tombe la tête la première
Cela permet de voguer et même de revenir
Cela peut libérer de mesurer le monde à pied,
           pied à pied.

commentaires

Claude de Burine

Publié le 13 Novembre 2016 par egfrild dans Poète

Claude de Burine

Le prophète

 

La voix des sources d'abord se tait

Le soleil ne lève plus son front rouge

Dans la forêt.

Puis un jour on perd

La fleur de lavande et le gui de l'hiver,

La bouche d'un amour et ses mains délicates,

Son enfant fée dans la nuit soyeuse.

Alors l'on regagne le silence

Et l'on se tue

Dans la maison ouverte.

 

commentaires

Jean Malrieu

Publié le 6 Novembre 2016 par egfrild dans Poète

Jean Malrieu

T'es-tu servie de ces oiseaux pour ton corsage ?

La chaleur ronde comme un sein,

Cercle du bleu,

Plongeuse d'air

Au travers des chemins que construit le soleil,

De ses éclats brisés que tu ramasses

Pour voir au-delà du ciel.

 

Comme une boule d'arbre, jouet du vent,

Comme une ombre debout dans le ciel délirant,

Comme une gerbe en feu, moissonneur d'étincelles,

Tous les objets épars dans le monde m'appellent

Sous la gangue des nuits qu'il me faut traverser,

Mineur au souffle plus large que l'espace.

 

Quand je t'ai dépassée,

                                     tournant la tête vers l'arrière,

La saison morte des poussières,

Les marais herbeux des journées.

 

Il saigne des oiseaux dans le fleuve de l'aube.

Il flotte des manteaux, méduses de l'autan.

Les vaisseaux sont brûlés. Il meurt de la lumière.

 

Déjà tu montes au ciel de ta prière

Et le monde en rumeur se rue à la frontière

Où presque en cendre je t'attends.

commentaires

Roberto Juarroz

Publié le 14 Octobre 2016 par egfrild dans Poète

Roberto Juarroz

 

Il dessinait partout des fenêtres.
Sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l'air et jusque sur les plafonds.
Il dessinait des fenêtres comme s'il dessinait des oiseaux.
Sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.


Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.
Il voulait seulement voir : voir.
Il dessinait des fenêtres.

Partout.

 

(Douzième poésie verticale)

commentaires

Jean Rousselot

Publié le 21 Août 2016 par egfrild dans Poète

Les moyens d'existence

Il faudrait être encore plus simple,
Si simple que l'on puisse entrer
Dans la simplicité du vent,
Du soleil poussiéreux
Du linge qui pantelle sur la corde sans se plaindre.
Il n'y a pas de désespoir dans le monde,
Ni d'espoir.
Il n'y a que la simplicité du vent,
Du soleil,
Du linge,
De la corde;
Il n'y a que la simplicité de l'eau,
Ses vergetures d'accouchée;
Il n'y a que l'eau,
Le caillou,
La simple nécessité de brûler et de mourir.
Il faudrait pouvoir entrer sans frémir
Dans les choses.
Pourquoi cette révulsion de notre cœur?
Pourquoi cet éternel énervement de nos nervures?
La pensée ne construit rien. Le sentiment nous épuise.
Nous serrons les dents et saignons
Sans accoucher.
Nous pianotons sur les choses
Comme une pluie dont chaque goutte
Aurait peur de se faire du mal.
Nous sommes les petits électrisés du monde.
Nous n'entrons pas.

commentaires

Serge Wellens

Publié le 20 Août 2016 par egfrild dans Poète

Serge Wellens

L'arbre au fond de la rivière

La forme d'un poisson se pose
sur la branche la plus lointaine
et tremblante d'un reflet

Passe l'ombre d'un homme
un instant retenue
par de vagues remous
d'écorces
de racines
(C'est ainsi
les hommes sont mortels
Ils meurent
on dit qu'ils passent )

Et puis s'en vient l'apparence d'un chien
désœuvré cherchant dans son propre rêve
un coin de nuit pour dormir

Alors l'oiseau
très haut dans le ciel
désert jusqu'à l'absence
étant seul à voir cela
se prend à douter de ses ailes
et tombe .
commentaires

Gilbert Baqué

Publié le 1 Juillet 2016 par egfrild dans Poète

 

L'après-vivre

Dans le discours frêle d’une fontaine, un été,

j’ai reconnu ton nom, absente,

J’ai écouté le monde,

tenu tête à la nuit,

à la désaffection des choses.

J’ai su que rien, plus rien ne me protège,

ni la chaleur du sang, ni l’or des promenades,

ni la beauté du ciel harcelant nos fenêtres,

quand nous sommes ensemble.

À deux pas de mon ombre, parfois,

un fol orage de clématites tombe en extase.

On me rappelle d’un sourire

l’enchantement des corps,

toute une vie blottie au creux blond d’une épaule.

N’importe,

je cours après les mots,

je n’ai plus la parole.

commentaires

Roland Giguère

Publié le 30 Juin 2016 par egfrild dans Poète

Paysage dépaysé

La tempête faisait rage
et la neige nous entrait dans la poitrine
pleine poitrine
couronnée de lancinantes banquises
couronnes d'épines
enfoncées dans le front des mots d'amour

large tempête à nos yeux dans un monde dépaysé
chaque nuit nous arrachait un cri
et nous grandissions dans l'agonie
lentement nous vieillissions
et le paysage vieillissait avec nous - contre nous

le paysage n'était plus le même
le paysage était sombre
le paysage ne nous allait plus comme un gant
n'avait plus les couleurs de notre jeunesse
le paysage le beau paysage n'était plus beau
il n'y avait plus de ruisseaux
plus de fougères plus d'eau
il n'y avait plus rien

le paysage était à refaire.

commentaires

Marc Patin

Publié le 25 Juin 2016 par egfrild dans Poète

Marc Patin

La mémoire

La nuit je pense à vous votre visage est devant moi au niveau des miroirs et des sables
Mère des bouquets et des arbres mère aux mains palpables
Je vous vois vous avez des rires entre les doigts
Et dans les yeux du sang véritable

Aux épines des routes l’orage laisse des lampes rouges
Le ciel est une roue dans les herbes brisées
Le chemin bordé d’aubes pend
Comme un linge à la corde des toits patients

Dans les paniers de la rivière une fille nue et blanche
Glisse ses seins et ses hanches
Face à l’absence face au vide qui la tente
Une fille nue et tendre frise distraitement

La verdure de ses jambes.

commentaires
1 2 > >>